Triche à l’IA en entretien d’embauche : les résultats de deux études
La triche à l’IA en entretien d’embauche a désormais une mesure. Dans une étude publiée en 2025, un candidat qui lit mot à mot la réponse de ChatGPT obtient 4,68 sur 5 pour le contenu de sa réponse, contre 2,17 pour celui qui répond seul. L’expérience portait sur un entretien vidéo différé, où le candidat enregistre ses réponses sans recruteur en face. Une seconde étude, parue en 2026, montre qu’un simple avertissement divise par deux l’usage de l’IA déclaré par les candidats, cette fois sur un test en ligne. Elles méritent d’être lues en détail, parce qu’elles disent aussi ce que ces chiffres ne permettent pas de conclure.
Lire ChatGPT mot à mot : les mesures de l’étude
Le protocole
Damian Canagasuriam et E. Lukacik ont publié leurs résultats dans l’International Journal of Selection and Assessment (lire l’étude). Ils ont recruté 245 participants aux États-Unis et au Canada pour un poste fictif d’assistant administratif. Chacun a répondu en vidéo à trois questions : une mise en situation, une question sur une expérience vécue et une question de connaissances métier.
Les participants étaient répartis au hasard en trois groupes. Le premier répondait seul, le deuxième lisait la réponse de ChatGPT mot à mot, et le troisième donnait son CV à ChatGPT avant de reformuler sa réponse. Six évaluateurs, qui ne savaient ni l’objet de l’étude ni le groupe de chaque candidat, ont noté le contenu et la présentation de chaque réponse.
Les notes
L’écart porte d’abord sur le contenu : 2,17 sur 5 pour le groupe sans ChatGPT, 4,68 pour la lecture mot à mot et 4,14 pour la version reformulée. La note globale, qui combine contenu et présentation, passe de 2,52 à 3,78. Autrement dit, un candidat moyen devient un bon candidat sur le papier, sans avoir changé ses compétences.
Ni la voix ni le regard ne trahissent le candidat
Le résultat le plus utile pour un recruteur est ailleurs. La note de présentation, qui couvre le débit, l’attitude, le contact visuel et la clarté, reste la même : 2,87 sur 5 sans ChatGPT, 2,88 en le lisant. L’écart n’est pas significatif. Les listes de signaux qui circulent sur le regard qui fuit ou le ton trop monotone ne s’appuient donc pas sur ce résultat.
Un indice a pourtant bougé. Les évaluateurs ont jugé les candidats qui lisaient ChatGPT beaucoup moins honnêtes, avec 42,77 sur 100 contre 81,83 pour ceux qui répondaient seuls. Les auteurs préviennent toutefois que leurs évaluateurs avaient entendu des dizaines de réponses produites par le même outil, ce qui aide à reconnaître un style. ChatGPT commençait par exemple sa réponse par « Certainly » dans 71 % des cas sur l’une des questions. L’étude était en anglais, donc ce tic ne se transpose pas tel quel en français, mais un recruteur qui voit défiler dix fois la même tournure a de bonnes raisons de s’interroger.
Un avertissement divise par deux l’usage déclaré
Ce qui a été testé
La seconde étude, de Chet Robie et de ses collègues, est parue en mars 2026 dans la même revue (lire l’étude). Elle porte sur un test de personnalité et de raisonnement que de vrais candidats passaient chez eux, avant un recrutement réel aux États-Unis. Il ne s’agit donc pas d’un entretien. Les auteurs ont comparé deux mois successifs : un mois sans message, puis un mois avec un avertissement affiché avant le test. Ce message disait que l’IA et tout outil extérieur étaient interdits, que les réponses pouvaient être contrôlées, et demandait au candidat de s’engager à répondre seul.
Le résultat
Sur 3 021 candidats qui ont répondu au questionnaire, 23,2 % déclarent avoir utilisé l’IA sans avertissement, contre 10,6 % avec. La plupart disent ne l’avoir fait que pour quelques réponses. L’avertissement n’a changé ni la satisfaction des candidats, ni l’image qu’ils avaient de l’entreprise, ni leur sentiment d’avoir pu montrer ce qu’ils valaient. Les chiffres sont déclarés par les candidats eux-mêmes, donc l’usage réel est probablement plus élevé.
Les limites de ces études
Aucune des deux ne porte sur une visio en direct ou sur un entretien en face à face, qui restent les formats les plus courants dans une PME. La première laissait aux candidats un temps de préparation illimité, ce qui facilite la lecture d’une réponse toute faite. La seconde mesure un test écrit, et rien ne dit que l’avertissement aurait le même effet sur des réponses orales. Enfin, les deux ont été menées en Amérique du Nord, et je n’ai trouvé aucune étude publiée qui mesure ce phénomène chez des candidats français. Ces limites ne rendent pas les résultats inutiles, mais elles interdisent de les présenter comme une règle générale.
Les mesures possibles dès demain dans une PME
Les deux premiers conseils reposent sur ce que les études ont mesuré. Les suivants sont des recommandations des auteurs de la première étude, qui les déduisent de leurs résultats sans les avoir testées.
Prévenir avant toute épreuve à distance. Un message qui interdit l’IA, annonce un contrôle possible et demande un engagement a divisé l’usage par deux sur un test en ligne, sans gêner les candidats. Rien n’empêche de l’ajouter aux consignes d’un entretien vidéo, en sachant que son effet sur un entretien n’a pas été mesuré.
Ne pas juger à l’attitude. Le regard et le débit ne distinguent pas un candidat qui lit ChatGPT. Il vaut mieux relancer sur le fond : demander un chiffre, un nom de client, ce qui s’est passé ensuite.
Tester ses propres questions. Passer ses questions dans ChatGPT ou dans Claude avant l’entretien permet de connaître la réponse type, et donc de la reconnaître plus facilement ensuite.
Préférer les questions sur une expérience vécue. Une question qui demande de raconter une situation précise se fabrique moins bien qu’une mise en situation théorique ou une question de connaissances.
Réduire le temps de préparation en entretien différé, par exemple à trente secondes, sans le supprimer, et poser les questions en vidéo plutôt qu’en texte à copier.
Pour un poste commercial, ces relances comptent double, parce qu’un bon commercial sait bien parler. C’est pour cela que je complète l’entretien par une mise en situation et par une vérification des résultats chiffrés auprès des anciens employeurs, comme je l’explique sur ma page recrutement commercial à Dijon. Mes conseils pour préparer CV, LinkedIn et entretien montrent le même sujet vu du côté du candidat.
À lire aussi : « Former ses salariés à l’IA : par où commencer quand on dirige une PME » et « Comment un cabinet de recrutement à Dijon sélectionne vos candidats ? ».
Questions fréquentes
Un candidat qui lit ChatGPT se voit-il à l’écran ?
Pas d’après l’étude de Canagasuriam et Lukacik : la note de présentation, qui inclut le contact visuel et le débit, est la même avec ou sans ChatGPT, à 2,88 contre 2,87 sur 5.
De combien ChatGPT fait-il monter une note d’entretien ?
Dans cette étude, la note de contenu passe de 2,17 à 4,68 sur 5 pour le candidat qui lit mot à mot, et la note globale de 2,52 à 3,78.
Prévenir les candidats que l’IA est interdite suffit-il ?
Dans l’étude de Robie et de ses collègues, sur un test en ligne, l’usage déclaré passe de 23,2 % à 10,6 % avec un avertissement. Il baisse de moitié, mais il ne disparaît pas.
Un avertissement fait-il fuir les bons candidats ?
Dans la même étude, il n’a changé ni la satisfaction des candidats, ni l’image de l’entreprise, ni leur sentiment d’avoir pu montrer leur potentiel.
Ces deux études m’ont été signalées par l’épisode de La Science du Recrutement du 17 septembre 2026. Pour aider une équipe à comprendre ce que l’IA change dans ses propres métiers, je propose aussi une formation IA en entreprise.
